La croissance chinoise a atteint 9,8% au 4ème trimestre 2010, dépassant les attentes du consensus.
Loin de les réjouir, ces statistiques ont déprimé les investisseurs. En effet, elles montrent que la Chine approche de la surchauffe.
L'inflation est certes revenue à 4,6% en décembre vs 5,1% le mois précédent, mais comme le soulignent les économistes de Oddo Securities, ce repli est trompeur, imputable à une détente momentanée des prix alimentaires.
Il suffit de lire les journaux pour s'apercevoir que le constat est unanime : l'inflation menace la Chine.
On peut argumenter, que c'est un problème alimentaire, énergétique, immobilier, etc. Nous nous en tiendrons à la maxime de Milton Friedman : l'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire (pour s'en convaincre, il suffit d'imaginer une économie de troc).
En l'occurrence, la Banque Populaire de Chine (BPDC) mène une politique monétaire trop expansionniste. à cela plusieurs raisons.
Il y a d'une part l'héritage de 2009, quand les chinois ont ouvert en grand les vannes du crédit pour accommoder la récession. Les Chinois paient aussi le prix de la fixité de la parité yuan - dollar.
De ce fait, la BPDC ne peut avoir une politique monétaire trop éloignée de celle de la Fed, dont on sait qu'elle est aujourd'hui particulièrement accommodante.
Le diagnostic est établi ; voyons le remède. Sur le papier, c'est simple : la Chine laisse le yuan s'apprécier (disons de 20% à 30%), la BPDC remonte ses taux d'intérêt, et le tour est joué.
Évidemment les choses sont plus compliquées. Sur le plan économique, les décisions évoquées ci-dessus auraient pour conséquence de freiner nettement la croissance et donc les créations d'emplois.
Le secteur manufacturier risquerait d'être particulièrement affecté, notamment au travers d'une éventuelle appréciation du yuan. D'ailleurs, lors de sa visite à Washington, le Président Hu Jintao n'a fait aucun commentaire spécifique à ce sujet.
Sur le plan politique, il faut savoir que les communes et les régions tirent des ressources importantes du marché immobilier. Les potentats locaux n'ont donc aucune envie de scier la branche sur laquelle ils sont assis.
Compte tenu de sa taille, les choix que fera la Chine influenceront le reste du monde. C'est pourquoi les bourses ont réagi vivement à la hausse du PIB chinois.
Si les autorités chinoises optent pour le statu quo monétaire, la croissance chinoise restera forte et exercera une pression haussière sur les matières premières, toutes catégories confondues.
Un baril de pétrole au-dessus de 100$ ne serait pas une bonne nouvelle pour la croissance mondiale comme le rappelle le blog économique Econbrowser. Inversement, si la Chine décide de donner un tour de vis monétaire, les matières premières souffriront et les entreprises exposées aux pays émergents également.
Nous recommandions récemment d'être un peu plus investis à l'ouest qu'à l'est. Cette recommandation garde toute sa pertinence.
Hugues de Montvalon
Rédaction achevée le 24 janvier 2011