Nous évoquions le mois dernier les risques de voir se concrétiser dans les comptes des sociétés le ralentissement de l'économie mondiale. Ces craintes ne se sont pas matérialisées. Les résultats du 3ème trimestre dont nous disposons jusqu'ici montrent au contraire une nette amélioration de l'activité et des résultats des entreprises.
L'explication est simple. Les sociétés cotées sont allées chercher dans les pays émergents la croissance qui fait défaut dans les pays développés. LVMH, Schneider, L'Oréal, BMW et d'autres encore trouvent dans l'eldorado chinois ou brésilien les consommateurs qui se font porter pâle en France ou aux Etats-Unis. Dans le cas des sociétés du luxe, on voit même le consommateur asiatique aller chercher sur place, à Paris notamment, le sac ou le parfum, qu'il ne peut trouver chez lui. Notons d'ailleurs que les secteurs européo-centrés, comme les télécoms ou les services publics affichent de piètres performances sur l'année.
Depuis le début de l'année, nous sommes restés investis fortement sur le marché des actions, en privilégiant les valeurs exposées au cycle mondial. Cette stratégie a porté ses fruits et nous a permis de surperformer les indices. Pour l'instant nous ne changeons pas notre fusil d'épaule. Prenons un cas emblématique : LVMH a progressé de 48% depuis le début de l'année et se situe à son plus haut historique. Toutefois, en supposant une croissance du CA de 8% sur les prochaines années (comme sur la période de crise récente), le titre ne se paye que 11 fois son résultat opérationnel 2011 selon les estimations du bureau d'études Oddo Securities. Sur les vingt dernières années, LVMH s'est payé en moyenne 14 fois son résultat opérationnel (13 fois en excluant le pic des années 2000/2001).
On peut peu ou prou étendre cette remarque à beaucoup de valeurs exposées aux émergents. Même en prenant des prévisions de croissance très raisonnables, les valorisations restent attractives. La conclusion est simple : il n'y a pas (encore) de bulle liée aux pays émergents sur la valorisation des actions.
Il faut toutefois prendre conscience que c'est du côté émergent que peuvent survenir les mauvaises surprises. En effet, les États-Unis, l'Europe et le Japon ne vont pas fort : mais ce n'est pas un scoop et le risque de déception est limité sur ces pays car personne n'attend rien d'eux. En revanche, tout le monde est enthousiaste sur les émergents, investisseurs comme entrepreneurs. Si la croissance dans cette zone devait être revue à la baisse, pour une raison ou une autre (crise politique, protectionnisme...), l'effet sur les marchés serait très brutal. N'oublions pas que rendement et risque vont toujours de pair...
Une chronique de Hugues de Montvalon
Oddo Banque Privée
Rédaction achevée le 25 octobre 2010