"L'indice du Commodity Research Bureau affiche une hausse de 17% depuis le début de l'année tandis que l'or est en progression de 23%. Les prix du coton, cacao, sucre, blé, maïs sont aussi en nette augmentation. Sans aucun doute, 2010 restera comme une année faste pour les matières premières.
Dans le cas des matières premières agricoles, la météo a joué un rôle déterminant. Ainsi la sécheresse en Russie (15% des exportations mondiales) a fait grimper les prix du blé de 45%. Les 20% de la demande de blé à destination du bétail se sont alors tournées vers le maïs américain (60% des exportations mondiales). Coup du sort également, la sécheresse est venue frapper à son tour les états-Unis ; les prix du maïs se sont aussi envolés. On retrouve le même phénomène sur le sucre où la récolte brésilienne a été victime, elle aussi, des aléas climatiques. Si les conditions météorologiques deviennent plus favorables, les prix des matières premières agricoles se stabiliseront. A court terme, l'offre joue un rôle plus important que la demande sur les matières premières.
Les matières premières industrielles sont en principes peu concernées par les problèmes météorologiques. De surcroît, le fait est établi : à un horizon visible, il n'y aura pas de pénurie de fer, d'aluminium, de cuivre, etc. Et pourtant le prix de ces métaux s'est fortement apprécié, nous l'avons dit. L'offre n'ayant pas beaucoup varié, on peut donc supposer que c'est un choc de demande qui est à l'origine de l'envolée récente du prix des matières premières industrielles. On pense tout de suite à la Chine et à ses énormes besoins industriels. Mais il y a aussi une forte demande de la part des investisseurs financiers.
Dans un contexte de politique monétaire ultra- expansionniste, qu'il s'agisse de la Chine ou des États-Unis, de taux d'intérêt réels négatifs, les investisseurs sont incités à fuir les actifs financiers et à acheter des actifs réels, comme les matières premières (et l'immobilier, mais ce dernier a nettement moins le vent en poupe ces jours-ci). De surcroît, comme les taux d'intérêt sont bas, les coûts de stockage sont faibles, ce qui ajoute à l'intérêt d'acheter des matières premières. L'or offre l'exemple type de cette demande papier qui fait exploser les cours. Son usage industriel étant relativement limité, l'or est essentiellement une réserve de valeur, une quasi monnaie. L'or a la particularité de prémunir contre les deux risques extrêmes et antagonistes que sont l'inflation et la déflation, issue d'une éventuelle crise systémique, sans parler du risque de débasage du dollar. D'où son succès actuel au sein de la communauté financière.
Jusqu'où les prix des matières premières industrielles peuvent-ils aller ?
Tant que les politiques monétaires resteront ultra expansionnistes, la demande restera soutenue sur ces marchés. En revanche, les matières premières seront les premières victimes d'un retour à la normale de l'économie mondiale. Cela leur laisse donc un peu de temps."
Une chronique de Hugues de Montvalon
Oddo Banque Privée
Rédaction achevée le 2 novembre 2010